Comité spécial des opérations de maintien de la paix Session de fond 2014 Débat général

ALLOCUTION DE SON EXCELLENCE MONSIEUR DENIS REGIS AMBASSADEUR, REPRÉSENTANT PERMANENT D’HAÏTI AUPRES DES NATIONS UNIES

Comité spécial des opérations de maintien de la paix Session de fond 2014 Débat général

New York, le 25 février 2014

Madame la Présidente,

  1. Permettez-moi de vous exprimer mes plus chaleureuses félicitations pour votre élection à la présidence du Comité Spécial des Opérations de maintien de la paix. J’étends ces félicitations aux autres membres du Bureau. Je tiens à vous assurer de ma totale collaboration ainsi que de celle de la délégation haïtienne pour le succès des travaux du Comité.
  2. Je salue le Rapport A/68/652 du 10 décembre 2013 du Secrétaire général des Nations Unies, Monsieur BAN Ki-moon, relativement à l’application des recommandations du Comité, notamment en ce qui concerne le renforcement de l’efficacité et la rationalisation des opérations de maintien de la paix. J’appuie ses observations et conclusions.
  3. Je voudrais également remercier le Sous-secrétaire général adjoint pour les opérations de maintien de la paix et le Sous-secrétaire général adjoint pour l’appui aux missions, pour leurs analyses, remarques et commentaires.
  4. La délégation haïtienne s’associe aux déclarations des délégations de l’Egypte et du Costa Rica, respectivement, au nom du Mouvement des Non-Alignés (NAM) et de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC).

Madame la Présidente,

  1. Personne ne pouvait imaginer que les opérations de maintien de la paix des Nations Unies, nées de la volonté des États membres de créer, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, un nouvel ordre international, allaient devenir aujourd’hui cet instrument efficace, indispensable, qui malgré leurs imperfections et leurs lacunes, permettent à la communauté internationale de s’acquitter de la tâche la plus essentielle des Nations Unies, à savoir le maintien de la paix et de la sécurité internationales.
  2. Les missions de maintien de la paix illustrent parfaitement ce rôle irremplaçable des Nations Unies, que nul ne conteste plus aujourd’hui, comme seule organisation disposant non seulement de la légitimité et de la crédibilité nécessaires, mais aussi de la capacité de résoudre des crises, d’éteindre les foyers de tension, locaux ou régionaux, de mettre un terme aux horreurs et aux massacres déchainés par des conflits meurtriers, d’instaurer, de maintenir et de consolider des processus de paix, d’éviter le retour à la guerre et aux luttes fratricides, et de protéger les groupes et les populations vulnérables.
  3. Que ce soit en Europe, en Afrique, au Moyen-Orient, en Asie, en Amérique ou en Haïti, les Nations Unies sont partout à pied d’œuvre, dans le cadre d’une bonne quinzaine de missions de maintien de la paix. Il convient de rendre un hommage mérité à ces soldats de la paix des Nations Unies, qui accomplissent des missions souvent périlleuses, au service de la paix, de la sécurité, de la justice et de la protection des droits de l’homme.
  4. Il y a lieu, en même temps, de saluer la volonté politique et le courage des États membres, qui, par leur contribution en personnels, en ressources financières, matérielles et techniques, se sont engagés et s’engagent encore aujourd’hui, sous mandat de l’ONU, parfois au premier rang, avec tous les sacrifices que cela comporte, pour faire progresser la cause de la paix, contribuer aux transitions démocratiques, protéger les droits humains et défendre les valeurs universelles qui constituent le socle de notre organisation.
  5. La République d’Haïti, où œuvre depuis maintenant une décennie la Mission de stabilisation des Nations Unies (MINUSTAH), ne peut, pour sa part, que se féliciter de la contribution inestimable de cette dernière à son processus de consolidation de la démocratie et de l’État de droit, nonobstant des réserves légitimes exprimées ici et ailleurs.
  6. Ce constat de succès global, s’il a de quoi nous réjouir, ne doit pas cependant occulter l’ampleur des défis qui nous attendent, ni les ratés ni les insuffisances des mécanismes existants, ni les lacunes à combler ni les obstacles à surmonter, pour éviter tout effritement de la légitimité du système et permettre aux opérations de maintien de la paix de gagner en efficience et efficacité, condition même de leur crédibilité.
  7.  En ce sens, la délégation haïtienne souscrit-elle pleinement aux observations du Rapport, qui s’inscrivent au demeurant dans le droit fil de la réflexion annoncée par les organes pertinents des Nations Unies depuis déjà un certain nombre d’années et qui la prolongent et la complètent. Nous pensons également qu’il y a lieu d’améliorer et de renforcer le mécanisme existant en ce qui a trait aux fautes professionnelles. Il s’agit de veiller à ce que les personnes ayant commis des fautes graves aient à répondre de leurs actes, notamment ceux qui constituent des crimes au regard du droit national.
  8.  Aujourd’hui, la mission de maintenir et de consolider la paix, face aux menaces nouvelles, exige une vision renouvelée. Le renforcement de l’efficacité d’ensemble suppose, en effet, que l’Organisation se dote d’une vision nouvelle et des moyens nécessaires, suffisants et adaptés, pour planifier, mettre en place, déployer, conduire, suivre et évaluer les opérations de maintien de la paix, qui s’avèrent des entreprises de plus en plus complexes. Des mandats clairs, la coordination adéquate de la contribution de tous les acteurs, des ressources financières, humaines et techniques adéquates, et par-dessus-tout, des résultats qui s’inscrivent dans la durée, voila qui constitue autant d’impératifs pour l’avenir.
  9.  A cet égard, la délégation haïtienne appuie pleinement tous les efforts déployés en vue de renforcer la coopération entre les États participants et d’assurer le suivi politique et militaire, ainsi qu’un contrôle financier rigoureux des opérations de maintien de la paix. L’Organisation se doit d’utiliser de manière optimale les ressources disponibles, en vue de maximiser à un moindre coût les opérations de maintien de la paix. Comme l’a bien souligné le Rapport, celles-ci, évoluant dans des contextes socio-politiques complexes et en constante mutation, il importe qu’elles soient capables de s’adapter à ces changements et à ces mutations. Dans ce cadre, le mécanisme établi par le Conseil de Sécurité nous semble fort opportun, puisqu’il prévoit un transfert de compétences vers les autorités nationales ou vers d’autres partenaires du système des Nations Unies.
  10.  En ce qui a trait tout particulièrement à la Mission de stabilisation des Nations Unies en Haïti, nous ne pouvons que nous féliciter de l’idée d’une reconfiguration de celle-ci en une mission de taille plus restreinte et plus ciblée d’ici à 2016, tel que préconisé par le Secrétaire général dans son dernier rapport au Conseil de Sécurité en octobre 2013.

Madame la Présidente,

  1. L’instauration d’un climat de paix et de stabilité politique est un préalable au développement socio-économique d’un pays. Conscient de cette exigence, le Gouvernement de la République d’Haïti en a fait un axe stratégique de son plan d’action.
  2. A cet égard, une nette amélioration de la situation, soulignée par maints observateurs, se manifeste tant sur les plans politique et institutionnel que sur les plans économique et social.
  3.  Sur le plan politique et institutionnel, les progrès sont incontestables. Le classement d’Haïti, en matière de respect de la liberté de la presse et d’opinion est des plus acceptables. Au titre de la consolidation de l’État de droit et du système judiciaire, outre la mise en place du Conseil Supérieur du Pouvoir Judiciaire, la loi contre le blanchiment d’argent a été promulguée et une loi sur la lutte contre la corruption est en cours d’examen au Parlement, dont les deux Chambres se sont réunies au début du mois de janvier 2014, en Assemblée Nationale, pour recevoir le Président de la République, conformément aux prescrits de la Constitution haïtienne.
  4. Sur le chapitre du renforcement des institutions et de la consolidation de la démocratie, des élections législatives, municipales et locales seront organisées cette année. Le Président de la République, sous l’égide de la Conférence Épiscopale d’Haïti, a organisé récemment, soit du 27 janvier au 5 février 2014, un dialogue national, auquel a pris part l’ensemble des acteurs politiques et de la société civile, en vue d’aplanir les obstacles et créer les conditions propices à la tenue d’élections honnêtes et crédibles.
  5. Sur le plan sécuritaire, Haïti est sortie de la liste des pays pointés du doigt au chapitre de l’insécurité. Ces efforts ont été rendus possibles grâce à la professionnalisation de la Police Nationale d’Haïti. Graduellement et sûrement, on s’achemine vers l’accomplissement du plan de développement 2012-2016, de la PNH qui prévoit une augmentation progressive de son effectif de 10.000 à 15.000 policiers en 2016.
  6. Sur le plan économique et social, le taux de croissance du PIB est passé de 2,9% en 2012 à 4,3% en 2013. La croissance a été soutenue par la progression importante des flux d’investissements directs étrangers, par la maitrise de l’inflation grâce à une meilleure politique macro-économique, par l’augmentation sensible de la production agricole. Il convient de souligner que le nombre de personnes déplacées suite au tremblement de terre du 12 janvier 2010 a considérablement diminué. Dans le même ordre d’idées, différents programmes de solidarité sociale visant à alléger la pauvreté et à venir en aide aux groupes les plus vulnérables et les plus défavorisés du pays ont été mis en place.
  7. A la lumière de ce qui précède, Haïti, incontestablement, a fait du chemin. Les progrès sont lents, compte tenu de l’ampleur des attentes et des besoins. Les défis de la reconstruction sont immenses. Les handicaps structurels de l’économie haïtienne, qui est celle d’un PMA, sont lourds. Néanmoins le peuple haïtien peut relever ces défis avec l’aide de ses partenaires de coopération et de développement, dont les Nations Unies avec lesquelles il existe une relation unique et particulière.

Madame la Présidente,

  1. En conclusion, je souhaiterais renouveler les remerciements de la délégation haïtienne d’être associée aux travaux du Comité. Je ne doute une seconde que l’approche « Nouveau Horizon » proposée aux États membres de notre Organisation et aux partenaires engagés dans le maintien de la paix en 2009, puisse servir de référence et de guide à un dialogue constant sur la base d’une politique claire en matière de maintien de la paix qui prenne en compte les points de vue de toutes les parties concernées, de sa conception à sa mise en œuvre.
  2. Finalement, ma délégation pense que dans les deux phases qui caractérisent les opérations de maintien de la paix: le rétablissement de la paix et la consolidation de la paix, des progrès tangibles ont été observés. Néanmoins, il convient de transformer ces progrès en succès, en renforçant davantage les mécanismes existants et en créant d’autres. Pour y arriver, nous devons converger nos efforts, afin de permettre à l’Organisation d’être constamment à la hauteur des nouveaux défis.
  3. Je vous remercie.

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