Débat général de la 71e Session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies

Allocution de Son Excellence Monsieur Jocelerme PRIVERT Président de la République d’Haïti Débat général de la 71e Session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies

New York, le 23 septembre 2016

J’éprouve un réel plaisir à adresser, au nom de la délégation de la République d’Haïti et en mon nom propre, adresser mes chaleureuses félicitations à l’Ambassadeur Peter Thomson pour son élection à la présidence de notre Assemblée. Son expérience éprouvée des questions internationales et ses brillantes qualités personnelles augurent du succès des travaux de cette 71e Session. Je voudrais aussi saluer de façon spéciale le Secrétaire Général des Nations Unies, Monsieur BAN Ki-moon, pour ses performances remarquables à la tête de notre Organisation, notamment son engagement au chapitre de la paix et à la promotion du développement dans le monde. J’associe la voix d’Haïti à l’hommage unanime qui couronne son second mandat à la tête de notre Organisation.

Il y a 71 ans, les cinquante membres « originaires » des Nations Unies prenaient l’engagement solennel et péremptoire de bâtir un nouvel ordre mondial sur le socle des droits fondamentaux de la personne humaine. Ils proclamaient à la face du monde émergeant des tragédies d’une guerre atroce, l’égalité des droits des hommes et des femmes, le principe inviolable de la parité des sujets de droit international, ainsi que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Et, dans un louable souci de panser les déchirures des récentes empoignades, ils ont prôné l’instauration de meilleures conditions de vie des populations de la planète, sous l’égide de la liberté et de la démocratie. La voix d’Haïti s’élève du haut de cette tribune pour clamer que les raisons d’être de notre organisation demeurent constantes et plu que jamais d’actualité.

En effet face à l’enchaînement des menaces générées par le spectre du péril écologique, la barbarie terroriste et l’enlisement de certains conflits régionaux, il convient de réaffirmer notre foi dans les objectifs de notre Organisation. Les valeurs qu’elle incarne et les préceptes qu’elle défend et propage dans l’analyse et la prise en charge des enjeux et des grands défis contemporains demeurent plus que jamais pertinents. Aujourd’hui plus qu’hier, l’ONU doit assumer pleinement son rôle d’apporter des réponses collectives aux crises de toute nature qui menacent la paix du monde. Qu’il me suffise à cet égard de citer les avancées du terrorisme international qui doivent être continues, les problèmes internationaux d’ordre économique, social ou humanitaire, que l’ONU au nom de sa vocation originelle de compréhension humaine, de solidarité, de coopération internationale équilibrée.

Dans cette optique, la République d’Haïti s’enorgueillit d’avoir tenu cette auguste organisation sur les fonts baptismaux. Elle apporte son ferme appui aux démarches qu’elle entreprend pour renforcer et élargir le champ de ses actions. Elle s’inscrit délibérément dans l’initiative des réformes nécessaires, notamment au sein du Conseil de sécurité, dans le dessein de renforcer son aptitude dans la conduite des opérations de maintien de la paix, dans la lutte contre les pandémies et les crises sanitaires, dans la promotion de la démocratie et des droits fondamentaux de la personne humaine, sans omission ni négligence vis-à-vis des droits économiques, sociaux et culturels.

A cet égard, l’Accord de Pris sur le climat illustre bien cette conception de l’unité de destin de tous les peuples qu’adopte et professe l’Organisation et qui lui inspire la nécessité d’une action internationale solidaire et urgente face à un enjeu susceptible de compromettre la survie même de la planète. Il s’agit là d’un succès indiscutable – et nous souhaitons ardemment que tous les engagements et obligations contractés soient suivis d’effets.

Les progrès qui ont été accomplis au cours des sept dernières décennies, que ce soit au chapitre des droits de l’homme, du maintien de la paix ou de la coopération internationale au développement, sont indéniables. Ils découlent, pour une large part, de cette vision puissante et généreuse qui animait les membres fondateurs de notre Organisation. Cette vision n’a rien perdu, aujourd’hui, de sa pertinence. Car, s’il convient de se féliciter de certaines avancées récentes, dont quelques-unes remarquables à plus d’un titre – je veux saluer, tout particulièrement, l’Accord de paix signé récemment à la Havane par le Gouvernement de la République sœur de Colombie avec les Forces armées révolutionnaires colombiennes (FARC) -, force nous est d’admettre combien nombreux et tenaces demeurent les obstacles à la paix et au développement durable dans le monde.

Néanmoins, il y a lieu de se féliciter du récent rapprochement des États-Unis d’Amérique avec Cuba, ce qui est de nature à approfondir la paix dans la région.

De même la République d’Haïti encourage la communauté internationale à tenir compte davantage des aspirations de la République de Chine, Taïwan, à jouer une part plus active dans certaines décisions et initiatives pouvant concourir à la stabilité et au rapprochement entre les peuples et les nations

Notre délégation est particulièrement sensible à deux des thèmes retenus par la présente session, à savoir 1) la mise en œuvre de l’agenda 2030 pour le Développement durable et 2) la question des réfugiés, du déplacement forcé et des migrants.

Les quinze prochaines années feront le compte méticuleux des actions et des efforts des peuples de la planète, résolument engagés dans une lutte sublime pour faire disparaître la pauvreté et la faim de la surface de la terre. Les 17 objectifs de développement durable (ODD) offrent une boussole et des jalons dans la foulée vers cette nouvelle humanité débarrassée des affres des privations, des insuffisances et des défaillances inacceptables.

La République d’Haïti choisit d’être parmi les États du peloton de tête dans cette marche vers les chantiers vers les chantiers du développement durable. Prenant la dimension de l’enjeu, mon Gouvernement, tout provisoire qu’il est, a courageusement décidé de jeter les bases d’une participation dévouée à la mise en œuvre mondiale de l’agenda 2030 et mettre le pays sur les rails d’un développement inclusif et durable. Par l’appropriation délibérée des ODD et leur intégration dans les politiques et les stratégies de développement d’Haïti, mon Gouvernement lance le pays sur la voie des actions concrètes devant contribuer à l’amélioration des conditions de vie de chaque citoyenne et chaque citoyen haïtien. Dans ce contexte, je souscris pleinement à l’adoption, par les dirigeants du G-20 qui vient de se tenir à Hangzhou, République Populaire de Chine, d’un Plan d’action pour faciliter la mise en branle du Programme de développement durable à l’horizon 2030, et pour appuyer les efforts d’industrialisation des pays africains et des pays les moins développés. Des grandes espérances illuminent l’horizon des prochaines années.

Dans ce même registre, nous portons une attention particulière à la place accordée à la problématique des migrations dans les Objectifs de développement durable (ODD). Les flux migratoires ont toujours été au cœur des dynamiques entre les peuples. Toutefois, les récents phénomènes observés, la fréquence et le nombre élevé de personnes, y compris femmes et enfants, qui cherchent à fuir les zones de conflits, les drames humains qui accompagnent ces tentatives parfois désespérées nous concernent tous au plus haut point. Haïti est bien entendu particulièrement interpellée par ce phénomène.

La délégation haïtienne est frappée par la recrudescence du nombre important de nos compatriotes qui laissent le pays à la recherche d’un mieux être, et nous avons commencé à dialoguer avec certains pays hôtes pour une recherche commune de solutions. La délégation haïtienne salue et accueille avec satisfaction la reunion de haut niveau qui s’est tenue sur le sujet en marge de cette Assemblée. Nous formulons le vœu que des décisions concrètes, à la hauteur du drame vécu et des risques encourus par les populations déplacées, soient prises pour protéger ces personnes. Nous proposons également que des mesures substantielles d’accompagnement soient prévues pour aider les pays d’accueil.

A cette phase, qu’il me soit permis, Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs les honorables membres de l’Assemblée, de brosser succinctement un tableau de la situation qui prévaut en Haïti. Dans environ deux semaines, le peuple haïtien se rend aux urnes. Le manda dont j’ai été investi par l’Assemblée nationale lors de mon élection au second degré est sans équivoque : redonner confiance au peuple dans le processus électoral et restaurer le plus rapidement possible l’ordre constitutionnel en parachevant le cycle électoral interrompu en 2015 et en organisant des élections présidentielles et législatives honnêtes, inclusives, transparentes et crédibles. C’est à cette tâche que je me suis attelé sans relâche depuis que j’ai assumé la magistrature suprême de l’État. L’investiture du nouveau président de la République le 7 février 2017 sera le point culminant du processus de renouvellement et de renforcement des institutions politiques haïtiennes. Que l’on ne s’y méprenne pas : sans des élections honnêtes et crédibles, il est vain d’espérer une transition politique paisible ; ce passage sans heurt reste la condition indispensable et le soubassement de la stabilité politique, de la consolidation de l’État de droit, de la modernisation économique et du développement.

La crédibilité élections est essentielle pour une véritable rupture avec le cycle d’instabilité et l’incertitude politique que connaît depuis trop longtemps mon pays. Fidèle à mon engagement envers le peuple haïtien, je n’ai ménagé et ne ménagerai aucun effort pour créer les conditions et l’atmosphère indispensables au bon déroulement du scrutin. Les observateurs impartiaux sont d’ailleurs unanimes à constater les progrès accomplis vers le renouvellement des institutions et le retour à l’ordre constitutionnel. Le parlement est actuellement fonctionnel et sera au complet au terme des prochaines législatives. L’entrée en fonction des maires élus s’est effectuée sans heur.

Le Gouvernement professe le plus grand respect de l’independance et des

5-              L’Exécutif haïtien attache le plus grand respect à l’indépendance et aux prérogatives du Conseil électoral provisoire (CEP) chargé d’organiser le scrutin. Répondant aux attentes de la population et donnant suite aux recommandations faites par la Commission nationale indépendante de vérification, le CEP a pris les mesures correctives qui s’imposaient pour remédier aux défaillances manifestes de l’appareil électoral. Ces mesures ont été saluées par tous les secteurs, y compris par les candidats eux-mêmes, ainsi que par les observateurs nationaux et internationaux.

6-              La confiance des électeurs dans l’intégrité du processus électoral est un facteur déterminant de la légitimité des résultats. Bien que les institutions haïtiennes aient pris la responsabilité financière du processus électoral, le soutien des Nations Unies s’est révélé précieux, tout comme celui de l’Organisation des États américains. Je le dis avec satisfaction: le processus est en bonne voie !

Monsieur le Président,

3-              Qu’il me soit permis de brosser devant l’Assemblée générale un tableau de la situation qui prévaut aujourd’hui en Haïti à l’approche des élections du 9 octobre prochain. Dans environ 2 semaines exactement, le peuple haïtien va se rendre aux urnes. Le mandat dont j’ai été investi par l’Assemblée nationale lors de mon élection au second degré est sans équivoque : redonner confiance au peuple dans le processus et restaurer le plus rapidement possible l’ordre constitutionnel en parachevant le cycle électoral interrompu en 2015 par un processus honnête, inclusif, transparent et crédible. C’est à cette tâche que je me suis attelé sans relâche depuis que j’ai assumé la magistrature suprême de l’État.

7-              Certes, les élections ne sont pas une fin en soi. Mais elles représentent un passage obligé. De leur réussite dépendra la légitimité du Président élu et du prochain gouvernement. Au lendemain des élections, le pays aura besoin d’un puissant et nouvel élan de la solidarité internationale pour aider les nouveaux dirigeants à s’attaquer aux problèmes structurels qui n’en finissent pas d’entraver les efforts d’Haïti pour sortir du sous-développement. En particulier, je lance, ici, un appel solennel afin que soit donné une réponse urgente et techniquement cohérente pour que soit endiguée définitivement l’épidémie du Choléra et prévenue toute résurgence, tout comme il est nécessaire que soit adressée l’avancée du Zika dans le sous-continent. Nous voulons espérer que l’appel pressant du Secrétaire Général Ban Ki-moon en faveur de la mise en œuvre d’un programme substantiellement renforcé de lutte contre le choléra et d’aide aux victimes et à leurs proches sera entendu et répondra pleinement aux attentes du peuple haïtien.

Monsieur le Président ; Mesdames, Messieurs ;

8-              Notre délégation est particulièrement sensible à deux des thèmes retenus pour la présente session, à savoir 1) la mise en œuvre de l’agenda 2030 pour le Développement durable et 2) la question des réfugiés, du déplacement forcé et des migrants.

Au cours des quinze prochaines années, les efforts des peuples de la planète seront orientés vers la réalisation des engagements pris pour faire disparaître la pauvreté et la faim de la surface de la terre. Les 17 objectifs de développement durable (ODD) définissent un cadre d’action mondiale qu’il revient à chaque pays d’adapter à ses propres réalités. Le Forum politique de haut niveau organisé ici au siège de l’Organisation au mois de juillet 2016 au cours duquel des Etats ont soumis leurs feuilles de route de mise en œuvre des ODD nous a permis de franchir une étape importante.

9-              La République d’Haïti entend jouer totalement sa partition dans ce processus. Prenant la dimension de l’enjeu, l’Exécutif Haïtien a décidé de jeter les bases de sa participation pleine et entière à la mise en œuvre mondiale de l’agenda 2030 en mettant le pays sur les rails d’un développement inclusif et durable. Dans ce contexte, je souscris pleinement à la décision prise par les dirigeants du G-20 qui vient de se tenir à Hangzhou, République Populaire de Chine, d’adopter un Plan d’actions pour faciliter la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et d’appuyer les efforts d’industrialisation des pays africains et des pays les moins développés.

Dans ce même registre, nous portons une attention particulière à la place accordée à la problématique des migrations dans les Objectifs de développement durable (ODD). Les flux migratoires ont toujours été au cœur des dynamiques entre les peuples. Toutefois, les récents phénomènes observés, la fréquence et le nombre élevé de personnes, y compris femmes et enfants, qui cherchent à fuir les zones de conflits, les drames humains qui accompagnent ces tentatives parfois désespérées nous concernent tous au plus haut point. Haïti est bien entendu particulièrement interpellée par ce phénomène. La délégation haïtienne est frappée par la recrudescence du nombre important de nos compatriotes qui laissent le pays à la recherche d’un mieux être, et nous avons commencé à dialoguer avec certains pays hôtes pour une recherche commune de solutions. La délégation haïtienne salue et accueille avec satisfaction la réunion de haut niveau qui s’est tenue sur le sujet en marge de cette Assemblée. Nous formulons le vœu que des décisions concrètes, à la hauteur du drame vécu et des risques encourus par les populations déplacées soient prises pour protéger ces personnes. Nous proposons également que des mesures substantielles d’accompagnement soient prévues pour aider les pays d’accueil.

Monsieur le Président,

10-           Permettez-moi de saisir cette opportunité, au nom du peuple haïtien, pour saluer le travail effectué par la MINUSTAH en Haïti. Les progrès accomplis au cours des 12 années de la mission en Haïti peuvent sembler lents aux yeux de bien des observateurs, mais ils n’en sont pas moins réels, notamment en matière de sécurité, de promotion des droits de l’homme, de renforcement des capacités des institutions garantes de l’État de droit, à travers notamment l’appui fourni à la jeune Police Nationale d’Haïti.

Monsieur le Président,

11-           Haïti se trouve encore une fois à la croisée des chemins. De la réussite des prochaines élections dépendra l’avenir immédiat du pays, mais aussi le chemin qu’il empruntera dans les prochaines années. A ce tournant historique, le peuple et le Gouvernement haïtiens attachent la plus haute valeur à la solidarité de la communauté internationale, à la collaboration des Nations Unies et à celle des États membres, pour le succès des prochaines élections qui, nous en avons la ferme conviction, marqueront une étape décisive dans le processus déjà long de consolidation de la démocratie et d’instauration d’un État de droit.

12-           Qu’il me soit permis, pour conclure, de réaffirmer la confiance du peuple haïtien dans les Nations Unies, dans l’idéal de solidarité universelle dont elles demeurent l’incarnation la plus haute. Haïti toute entière croit dans la capacité de l’ONU à agir pour consolider la paix dans le monde, accroître la coopération entre les peuples et aider les populations démunies à prendre en main leurs destinées. Nous sommes déterminés et nous apporterons toujours notre contribution aux efforts de l’organisation pour l’avènement d’un nouvel ordre international plus juste et plus solidaire, porteur d’espoir et d’opportunités pour tous et qui donne à chacun sa chance et sa part du progrès.

Je vous remercie.

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