Maintien de la paix et de la sécurité internationales “Traite des êtres humains dans le cadre d’un conflit” Au Conseil de Sécurité

ALLOCUTION DE Monsieur Joseph Jean Max BELLERIVE Directeur de Cabinet du Président de la République d’Haïti

Maintien de la paix et de la sécurité internationales "Traite des êtres humains dans le cadre d’un conflit" Au Conseil de Sécurité

New York, le 20 décembre 2016

Monsieur le Président, Excellences,  Mesdames,  Messieurs,

  1.  Qu'il me soit permis   tout d'abord,  au nom du Président de la République d'Haïti,  Son Excellence Monsieur Jocelerme  PRIVERT,  et du Gouvernement haïtien, de remercier la présidence espagnole du Conseil de sécurité  d'organiser ce dialogue de haut niveau consacré à la traite des personnes en situation de conflit.  Je saisis l'occasion pour saluer la présence du Président du Conseil espagnol et le féliciter également pour cette initiative hautement inspirée.
  2.   Il y a tout juste un an,  le Conseil de sécurité mettait en relief les effets pervers de la traite des êtres humains.  La traite nuit à l'état de droit ;  elle favorise d'autres formes de criminalité transnationale organisée ;  elle exacerbe les conflits et alimente l'insécurité ;  elle accentue la vulnérabilité.  En un mot,  elle porte atteinte aux libertés essentielles et aux droits fondamentaux de l'homme.
  3. Nous devons nous rendre à l'évidence : la traite des humains,  en particulier dans les situations de conflit,  ne cesse de gagner en ampleur,  et ce,  malgré les récentes avancées enregistrées dans la lutte contre ce fléau mondial.  Elle touche plus de 2,5 millions de personnes,  dont,  à  80%,  des femmes et des filles.  Elle continue de prospérer à la faveur des conflits qui sévissent dans diverses parties du monde.
  4. Les images insoutenables qui nous parviennent des principaux théâtres de conflits  -  notamment en Syrie,  mais aussi de tout le Moyen-Orient et du continent africain  -  en disent long sur le lot de souffrances et la vulnérabilisé des enfants,  des réfugiés,  des familles déplacées,  déracinées,  victimes potentielles,  qui deviennent souvent la proie des intermédiaires et du crime organisé.
  5.   Les conflits armés,  qu'il s'agisse de guerre civile,  de conflits régionaux ou locaux sur fond de terrorisme,  ont pour effet de porter jusqu'à leur extrême conséquence les formes de contrainte généralement associées à la définition de la traite des personnes,  c'est-à-dire  :  la menace de recours ou le recours à la force,  les abus d'autorité,  la violence sexuelle,  l'exploitation des enfants,  l'exploitation de la prostitution d'autrui,  le travail forcé,  ou les grossesses ou les mariages forcés et précoces,  la servitude,  l'esclavage ou les pratiques analogues à l'esclavage,
  6.  Même les opérations de maintien de la paix ne sont pas épargnées par la traite d'êtres humains,  Mon pays,  entre autres,  où se trouve déployée depuis douze ans la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti  (la  MINUSTAH)  mandatée par le Conseil de sécurité,  a notamment été ciblé par le Rapporteur spécial pour la traite des personnes,  en particulier les femmes et les enfants,  qui a vigoureusement dénoncé l'augmentation des cas de violence,  d'abus et d'exploitation sexuelle  touchant des femmes et des enfants,  liée directement au déploiement de forces de maintien de la paix dans des zones de conflit  (Cf.  Déclaration au Conseil des droits de l'homme de Madame Maria Grazia Giammarinaro,  14 juin 2016).
  7.   Le drame des migrants et réfugiés,  les persécutions fondées  sur des critères ethniques et religieux menées par des entités quasi-étatiques ou des groupes terroristes contre certaines communautés  -  tels les Yazédis en Irak  -,  les enlèvements à des fins de servitude sexuelle,  l'enrôlement d'enfants-soldats dans des milices armées,  sont autant de situations associées à la traite des personnes.  Les conflits en sont souvent le dénominateur commun.
  8.    Plusieurs voix se sont déjà élevées,  notamment au sein d'organisations vouées à la défense des droits de l'homme pour souligner l'inadéquation de la prise en charge par les acteurs concernés,  y compris les Nations Unies,  des personnes victimes des phénomènes d'exploitation,  dans le cadre des programmes d'aide,  et ce,  dans les situations de conflit comme dans les phases post-conflit et de reconstruction.  Par la violence insupportable qui est faite aux victimes,  la traite des personnes en situation de conflit revêt un aspect particulièrement tragique,  qui justifie une action d'envergure, énergique et efficace.  Nous croyons qu'il est urgent d'accorder toute l'attention nécessaire à la mise en place de mécanismes d'intervention plus adaptés capables de garantir une meilleure prise en charge des victimes,  actuelles et potentielles,  en particulier les groupes les plus vulnérables,  dans toute situation de conflit.

Monsieur le Président,

  1.   Mais,  si l'on considère à juste titre que les conflits armés exacerbent les facteurs qui exposent au trafic d'êtres humains,  on ne doit pas perdre de vue que les causes profondes du phénomène résident avant tout dans la pauvreté,  le chômage,  l'absence de perspectives socio-économiques,  la violence sexiste,  la discrimination et la marginalisation,  comme l'a bien souligné le Plan d'action mondial des Nations Unies pour la lutte contre la traite des personnes.  Par conséquent,  la réponse à ce problème réside,  en grande partie,  dans l'instauration d'un environnement de sécurité et la création de conditions propices au développement socio-économique,  à la croissance et à l'épanouissement des personnes et des communautés.  Il y a donc lieu de s'attaquer à la source du problème.
  2.   Voila pourquoi le Gouvernement haïtien considère qu'il est essentiel,  dans la lutte contre la traite des personnes en général et en situation de conflit en particulier,  d'agir simultanément selon deux grands axes d'intervention,  à savoir : l’accélération du développement et le renforcement de la sécurité mondiale.  Ces deux piliers se renforcent d'ailleurs mutuellement.  La République d'Haïti appuie la recherche opiniâtre par l'ONU de solutions aux conflits régionaux de longue date et aux guerres intestines locales,  en cours et potentielles,  qui alimentent le flux des personnes déracinées et déplacées,  des réfugiés et des migrants,  et,  du coup,  les circuits de la traite des personnes.  Elle est favorable à toute mesure propre à mieux cibler les interventions humanitaires internationales dans les zones de conflit  de manière à assurer une meilleure prise en charge et protection des groupes les plus vulnérables susceptibles d'être la proie du crime organisé.  Elle souscrit,  en particulier à la nécessité d'une approche plus réaliste,  qui mette l'accent sur la prévention du trafic et de l'exploitation dès lors qu'existe le risque d'un tel trafic dans un foyer de tension,  une zone de crise ou de conflit réel ou potentiel.
  3.   Dans le même ordre d'idées,  Haïti entend être pleinement partie prenante de l'action globale contre la traite des personnes,  ainsi que des mécanismes internationaux et régionaux de lutte antiterroriste et de lutte contre la criminalité organisée.  Conformément au Plan d'action mondial des Nations Unies pour la lutte contre la traite des personnes,  et au Plan de travail de l'Organisation des Etats américains pour la lutte contre la traite des personnes dans le continent américain,  l'Etat haïtien a pris,  ces dernières années,  tout un éventail de mesures visant à prévenir,   réprimer et punir la traite des personnes,  en particulier des femmes et des enfants.  Avec l'aide des Nations Unies,  et notamment de la MINUSTAH,  les autorités haïtiennes ont mis en œuvre divers programmes visant à  renforcer la protection des droits de l'homme.  Ces actions,  notamment le renforcement du système judiciaire et des forces de sécurité,  ont porté fruit.  Parallèlement,  d'autres efforts axés sur la réduction de la pauvreté,  de la marginalisation,  de l'exclusion,  de la discrimination ont contribué à atténuer certains facteurs qui exposent les groupes vulnérables de la population à la traite.
  4.   Mais,  nous en sommes conscients,  beaucoup reste à faire pour accroitre l'efficacité de la lutte contre la traite des personnes et en protéger les victimes.  Haïti,  heureusement,  vient de franchir une étape importante dans le processus de consolidation de la démocratie et de l'Etat de droit,  avec la tenue des élections législatives et présidentielles de novembre et la désignation prochaine d'un nouveau Président de la République.  De nouveaux horizons s'ouvrent au peuple haïtien avec la stabilité retrouvée des institutions.  A ce tournant historique,  le Gouvernement haïtien veut espérer que les Nations Unies continueront d'être présentes aux cotés d'Haïti pour aider le pays  à se doter des infrastructures publiques nécessaires pour sortir de l'ornière et mettre résolument le cap sur la croissance,  le développement durable et l'amélioration de ses conditions de vie.

Monsieur le Président.

  1.  La traite des personnes constitue une grave menace pour l'humanité,  pour la dignité humaine et pour le développement.  Je voudrais former le vœux que le dialogue engagé aujourd'hui au Conseil de sécurité débouche sur des recommandations concrètes et pratiques,  dont la mise en œuvre contribuera grandement à intensifier la lutte contre toutes les dimensions de ce fléau,  qui représente l'une des pires formes de l'esclavage moderne.

 

Je vous remercie.

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